Les yeux s'en fichent complètement, n'en ont carrément rien à foutre, tellement qu'ils se réduisent à l'égocentrisme violent. La chose sur son tricycle fait tourner les pédales tel un hamster qui veut se dépenser jusqu'à la mort sur sa roue en plastique. Une crampe au niveau des reins attaque, crie, et tourne le couteau dans le ventre de la chose. Mais elle sait l'ignorer, tout comme les coups de pied qu'elle a reçu de la part de ses amis, hier, dans l'estomac. Elle serre les dents, elle ferme les yeux, et s'essouffle en poussant de silencieux petits cris à chaque expiration de douleur.
Elle fonce, en oubliant complètement ce qui l'entoure, car il n'y a qu'elle et sa tête, et ceux qui habitent sa tête. Le tricycle roule vite, les petites jambes se font aller, tremblantes. Sa roue de devant heurte un trottoir de plein fouet. Cette puissance que recherchait la chose fut enfin créée, cette attaque contre elle-même qui signifie autant défense que provocation. La chose, bipède sans aucun doute, fut projetée à quelques mètres devant elle, assez loin pour un petit et léger être. Tête première. Son visage, déjà mutilé par ce qu'un enfant appele naïvement «ami», rencontra la texture sableuse et rocailleuse du trottoir bouillant et mal entretenu d'un été brûlant. Cette face, supposée être douce et inoffenssive comme celles de son âge, s'écorcha durement sur le trottoir, sous l'oeil droit de l'être, où la peau n'eut pas la force de rester unie. Elle se déchira, laissant à découvert une pomette maigre et osseuse, et évacua quelques millilitres de sang qui vinrent couvrir la moitié du visage de la chose.
Elle restait étendue là un instant, sur le ciment chaud, en serrant solidement ses dents et sentant sa joue saignante brûler sur le sol. Sa hanche avait une éraflure, mais rien d'important. L'être se relève, doucement, et à genoux, remarque la tache de sang qui enduit la surface de trottoir devant lui. Il tourne la tête, regarde son tricycle qui est à environ quatre mètres de lui, regarde la tache de sang encore, et puis le tricycle, et se lève finalement pour aller rejoindre son tricycle. La mâchoire serrée, le menton et la lèvre inférieure tremblants, l'oeil droit mi-clos, il reprend son vélo d'enfant. Il s'assoie, pédale lentement afin de retourner au point de départ, et fixe le même coin de trottoir, avec le même regard nonchalant.
De dos à sa maison, il entend une voix criante, venant de loin. Cette voix fut celle de la seule personne qui l'a toujours regardée comme un vrai être; pas un simple bipède, et pas comme une simple chose. «Mon petit bonhomme! Viens manger, c'est prêt!» Il répond à cela, sans tourner la tête, mais en prenant le même ton gueulard: «J'ai bientôt fini maman, attend un peu!»
- «D'accord, dépêche toi!»
Il murmura, pour les êtres qui habitent sa tête: «J'essaie de faire le plus vite possible.»
Les yeux s'en fichent complètement, n'en ont carrément rien à foutre, tellement qu'ils se réduisent à l'égocentrisme violent. La chose sur son tricycle fait tourner les pédales tel un hamster qui veut se dépenser jusqu'à la mort sur sa roue en plastique.
wow, c'est sombre, c'est "harsh".
RépondreSupprimer"Elle fonce, en oubliant complètement ce qui l'entoure, car il n'y a qu'elle et sa tête, et ceux qui habitent sa tête."
J'aime beaucoup cette phrase, et tout ton texte!
Merci beaucoup! (:
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